samedi , 24 juin 2017
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Les Écrits de Paris

Sans pour autant généraliser, il y a sans doute beaucoup de Mauriciens qui auraient directement ou indirectement subi des violences dans leur enfance. Une violence physique ou/et morale, une violence sournoise qui détruit l’innocence et enchaîne l’enfant à son tour dans ce cycle infernal.

Les Écrits de Paris

Les Écrits de Paris

Notre actualité locale est souvent ponctuée de cas de maltraitance allant parfois jusqu’à la mort d’un enfant qui avait pourtant toute la vie devant lui.

Ces violences parfois débridées, sont souvent commises dans le cercle fermé d’une famille, qui à une certaine époque pas très lointaine (25 – 30 ans) où la protection de l’enfance n’était que le cadet des soucis des autorités gouvernementales, donnaient lieu à des spectacles pour le moins révoltants et ignobles.

On a vu des enfants battus comme à l’époque de l’esclavage, les mains liées à un meuble ou à un arbre, et son bourreau, qui pouvait être soit son père soit son tuteur ou un quelconque autre responsable, préparant avec sang-froid tantôt le fameux ‘rotin-bazar’, sorte de liane tressée, ou encore un ‘rotin-privette’, ‘rotin de bambou’ tantôt une autre règle en bois. Le bourreau qui visiblement était investi d’une colère sournoise, donnait dissimulait mal son plaisir sadique de ce qui allait s’ensuivre. L’enfant en face, se tortillait déjà avant même que les coups ne pleuvent sur tout son petit corps. Pleurant et appelant au secours, ceux qui assistaient à ce spectacle de mauvais goût, ne venaient que rarement à sa rescousse soit par crainte du bourreau soit par complaisance croyant ainsi aider à l’éducation de ce petit malheureux.

J’ai personnellement assisté révolté à ce genre de bastonnades publiques où des enfants, après avoir été frappés sur tout le corps, marqués souvent à sang par les coups reçus, criaient comme des bêtes jusqu’à en perdre connaissance. J’en ai vu d’autres, après avoir été battus, étaient mis tout nus sous le soleil, à genou les mains attachés dans le dos avec un caillou sur la tête. Un autre enfant de mon entourage qui avait subi ces mêmes sévices, était lui aussi mis à genou sous le soleil brûlant avant un pot-de-chambre rempli d’excréments sur la tête. Après un pareil sort, comment cet enfant pourra-t-il avoir de un quelconque estime de lui-même ? Comment pourra-t-il alors devenir à son tour un adulte équilibré avec un bon cœur ? J’ai vu et entendu des mamans autorisant et encourageant de telles horreurs sur le petit corps de 10 – 12 ans de leur propre enfant, croyant à tort que cela allait empêcher à ce qu’il n’aille plus jouer dans les bois environnants, qu’il fasse ses devoirs, qu’il ne fasse plus l’école buissonnière, ou qu’il ne casse plus d’œufs lorsqu’on lui envoie en acheter à la boutique d’à côté. Pour dire que la moindre incartade enfantine pouvait donner lieu à ces violences d’un autre âge et complètement démesurées. L’un de mes oncles avec lequel j’avais l’habitude de partager un brin de conversation autour d’un petit verre, me raconta qu’un jour alors qu’il travaillait sur un chantier avec son père maçon, il avait mal fait réchauffer la gamelle de ce dernier autoritaire. Sans crier gare, celui-ci lança avec rage un gros marteau dans sa direction. Il n’eut fallu que quelques centimètres pour que cet outil lui défonçât le crâne. Il me raconta, avec visiblement les larmes qui lui montaient aux yeux, que le soir à la maison, il reçut une bonne dizaine de coups de ceinturon, qui était encore l’un des outils de torture préférés de l’époque. Ce même papa, qui après avoir corrigé ses enfants, s’en prenait régulièrement à sa femme pour le moindre regard de travers, le moindre repas manquant ou ayant trop de sel ou d’épices.

Cette violence qui faisait trembler tant d’enfants, était censée selon ceux et celles qui la pratiquaient, les mettre dans le droit chemin. C’était pour l’époque, et elle est encore malheureusement d’actualité dans certains milieux où l’instruction est restée sur le seuil de la porte, bien qu’il y ait bien sûr des exceptions.

Cette violence physique pouvait souvent se coupler d’une violence morale et psychologique. J’ai encore été personnellement témoin de certaines situations pour le moins absurdes et difficilement supportables. Des enfants continuellement dénigrés, insultés sur leur physique, leur couleur, la forme de leur nez, de leur bouche, de leurs cheveux qui lorsqu’ils sont crépus et courts, sont comparés à leur intelligence soi-disant courte aussi. Comment après de telles choses peut-être se construire plus tard comme des adultes équilibrés sains de corps et d’esprit ?
Il est malheureux de le dire, mais nombreux sont ces petits êtres maltraités dans l’enfance qui finissent par devenir des tortionnaires eux-mêmes, à l’instar de ces petites victimes de pédophilie qui finissent pédophiles dans leur vie d’adultes déjantés.

Un enfant, quelque que soit ses petits défauts, a besoin de l’amour des plus grands, et l’éducation passe avant tout par la patience de lui montrer le chemin de la vie sans les coups, les injures et les insultes. L’équilibre d’une société passe inexorablement par l’équilibre des enfants.

Paris le 03 mars 2017

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